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Et je suis jusqu'à la folie.

Hysteria.
Ce n'est qu'en repartant de l'arrêt de bus, le coeur déchiré, mais l'air décidé, ce n'est qu'à ce moment que j'ai remarqué que j'avais la main en sang.
J'ai retenu mes larmes ou mes cris de détresse, j'ai marché sans rien voir d'autre que le flou de la vie.
Quand j'ai parlé je devais essayer de respirer en même temps. J'ai même réussi à articuler des mots corrects, et je suis repartie avec mon sac cette fois, bien décidée à ne plus revenir.
Je me suis éloignée en espérant que cette fois il ne me suivrait pas.
Mais quand le bus s'est éloigné avec moi, j'ai regardé la rue avec nostalgie, en me demandant ce que je faisais.
J'avais l'impression d'être libre et d'étouffer à la fois.
Je souffrais, et je savais qu'eux aussi. Je savais que j'avais réagi violemment, je savais que j'avais eu l'air folle.
Je ne m'étais pas fait peur simplement parce que je savais, moi, ce qui se passait dans ma tête.
Mais si j'avais été eux, j'aurais pleuré sur la démence de ma fille.
Je comptais vraiment partir, quelques jours, parce que ce n'était plus supportable, parce que j'avais peur.
Mais quand la pression se relache, quand on reprend conscience que le monde tourne encore, alors on réalise que pour que tout s'arrange, il faut faire quelque chose.
Il faut prendre son courage à deux mains, et leur proposer de parler. Leur montrer qu'on peut être lucide.
Qu'on regrette, et qu'on ne comprend pas.
Tout aurait pu être si simple, si j'avais su parler, s'ils avaient su écouter.
Mais je n'ai jamais réussi à articuler un mot sur moi, un vrai. En tout cas, pas sans que cela ne m'arrache des larmes et des tremblements. Pas sans la peur et le souffle coupé.
J'ai encore peur de sa mine renfrognée. Et de ses réactions.
Je n'ai pas confiance, et je crois que ça aussi, ça me fait pleurer.
Parfois, je m'imagine qu'il m'embarque dans sa voiture pour aller me tuer proprement, et rentrer à la maison, ensuite. J'ai des idées de petite fille. Et j'y crois presque.
Peut-être suis-je folle.
Mais peut-être pas.
Il y a dans le mot "cinglée" quelque chose de séduisant. Mais dans sa bouche il a sonné comme un coup de fouet. Et Dieu sait si je n'aime pas ça, le fouet.
Mon hystérie leur a fait peur. Mes larmes et mes cheveux arrachés. Ils m'ont fait peur aussi, soit dit en passant.
Je n'aimerais pas que vous me voyiez dans cet état. Déjà, lorsque c'est eux, c'est suffisamment dur. Normalement, j'essaie de rester dans ma chambre lorsque ça me prend.
Non pas que ça arrive souvent, mais c'est plutôt que ça peut arriver à tout moment.
Il suffit que je sois fatiguée, il suffit que j'interprète mal un mot. Il suffit d'un rien.
J'ai au moins aussi peur de moi que des autres. C'est triste, comme constat.
Je crois même que j'ai peur de vivre, du moins c'est ce que je me suis soufflé hier.
Ecrit par Lissadell, le Dimanche 12 Février 2006, 23:01 dans la rubrique "Things".





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