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Et je suis jusqu'à la folie.

[Lueur blafarde.]
Dans la ville endormie, trois heures sonnent. Une fine pluie brumeuse épaissit l’air ambiant, transpercée ça et là par la lumière blafarde de rares lampadaires.
Il est trois heures, oui, mais dans le halo doré, tout près d’un sombre parc, se tient recroquevillée une jeune femme encore, presque une enfant. Son imperméable gris fermé jusqu’au cou, elle a le regard vague, semble attendre quelque chose. Ou quelqu’un ?
Oui, ça fait des heures qu’elle l’attend. Ils s’étaient donné rendez-vous à vingt heures précises, elle s’en souvient très bien, c’était au téléphone, lundi dernier peut-être. Sa voix était si chaude, comme dans son souvenir. Elle avait ri en l’entendant, de surprise et de joie… Il était comme un revenant, celui qu’elle n’osait plus attendre.

Elle se faisait une telle joie de le revoir. Elle avait même mis sa si jolie jupe, et des escarpins à talons, ceux qui lui font mal au pieds. Combien de fois elle avait trébuché, sur le chemin ? Mais elle souriait toujours, parce qu’il allait être là, il l’avait dit.
A vingt heures, elle se tenait là, sous le lampadaire, confiante encore.
Au fil des heures, pourtant, son sourire avait commencé à se ternir, sa confiance aussi…
A minuit elle pleurait, lorsque les rues se vidaient peu à peu, et qu’elle ne pouvait pas le contacter, pauvre sotte qui ne lui avait même pas demandé son numéro.
A une heure elle se blottissait contre le métal froid et hostile, pour échapper à la peur de la nuit et se raccrocher à un espoir concret.
A deux heures ses yeux se fermaient, mais elle les rouvrait sans cesse, elle se donnait des baffes. Elle persistait à croire qu’il viendrait.

A trois heures elle regarde son portable, rien.
Elle se lève lentement, se remet les cheveux en place. Elle a prit sa décision, elle sait. Un petit rire doux s’échappe de sa gorge, en même temps qu’un semblant de sanglot réprimé.
Elle commence à marcher, à demi chancelante, à cause des chaussures, bien sûr, mais de la fatigue, aussi.
D’un geste lent elle s’appuie contre un mur, enlève un soulier, lève l’autre pied, en enlève un second. Elle les abandonne sur la chaussée, espérant qu’ils feront le bonheur d’une fille plus chanceuse qu’elle.
Elle continue sa marche lente, son objectif clairement en tête. Elle longe le bord du fleuve, seule toujours dans les rues désertes. Enfin elle arrive au pont.

Ce pont où quelques années plus tôt ils avaient échangé leur premier baiser… Ce pont où sa vie avait basculé. Depuis, elle n’avait jamais réussi à retourner en arrière. Elle n’avait que souffert, jusqu’à l’espoir de ce lundi soir… Mais elle aurait du s’en douter, que ce n’était qu’un mirage.
Trois mois plus tôt on lui avait annoncé qu’il était mort… Elle n’avait pas voulu y croire, bien sûr. Elle avait cherché à tout prix à retrouver sa trace, et elle était arrivée jusqu’à cette tombe grise, dans un cimetière gris. Elle avait crié au complot, au coup monté. Quelqu’un était jaloux de son bonheur, quelqu’un faisait une plaisanterie de très mauvais goût…
Ils l’avaient emmenée, elle. Dans un lieu où elle serait bien, ils avaient dit. Où on la soignerait.
Mais quel besoin avait-elle d’être soignée ? Elle allait très bien… Ils devraient plutôt s’occuper de retrouver le mauvais plaisantin, elle leur avait suggéré…
Au bout de quelques semaines, elle avait compris que pour sortir, il n’y avait qu’un moyen… Faire semblant de croire à sa mort. Ce qu’elle fit, et trois jours plus tard, elle était dehors.
Elle avait ensuite continué ses recherches, mais elle se devait d’être discrète…
Elles furent infructueuses, jusqu’à ce qu’il l’appelle enfin. Elle était si heureuse. Mais il n’était pas venu, non. Pourquoi ?
Peut-être l’avaient-ils attrapé, ils en seraient capables… Ou alors on avait fini par le tuer, pour de bon cette fois. Oui, on l’avait assassiné dans la semaine…

Alors maintenant elle se tient sur ce pont, elle a trouvé une pierre, sur le chemin, un peu avant. Elle avance un pied, puis le second, sur le rebord.
En équilibre, c’est froid. Normal, ses pieds sont nus… Mais tout cela n’a plus d’importance, il n’est pas là pour voir ses belles chaussures, alors…
Maintenant, elle va aller le rejoindre. Quitter ce monde d’injustices et de mensonges.
Elle sourit à présent, et ses yeux sont brillants d’une lueur dorée.
Dire qu’ils la croyaient folle… Elle rit.

Elle saute.
Ecrit par Lissadell, le Lundi 21 Novembre 2005, 22:28 dans la rubrique "Dreams".



Commentaires :

  funambule
funambule
21-11-05
à 23:54

Sourires...

  Lissadell
Lissadell
22-11-05
à 23:21

Re:

Merci.
Sourires...

  aileapart
aileapart
22-11-05
à 10:54

Frissons de satisfaction...

  Lissadell
Lissadell
22-11-05
à 23:22

Re:

Rires...
Je ne sais pas comment le prendre, mais...
Je pense que ça doit être en bien, sourires...



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